Capsules sonores : projet de recherche 2026

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« Et toi, tu fais quoi ? »

Dans cette recherche, la parole n’est pas appréhendée comme l’expression stabilisée d’un discours social « en arrière » des individus, mais comme une parole située, produite dans une interaction, un contexte d’énonciation et un environnement sonore (Alami, Desjeux & Garabuau-Moussaoui, 2013). Elle engage des choix lexicaux, des images mobilisées, des manières de raconter son expérience, d’ordonner les événements et de qualifier les situations, autant que des façons de parler — accentuations, rythmes, reprises, inflexions — qui singularisent la forme de l’énonciation autant que le contenu du propos (Rabatel, 2005).

Ce déplacement permet de sortir d’une conception strictement représentative de la parole pour l’aborder comme une parole en acte, indissociablement linguistique, narrative et sensible (Douek, 2021). La parole n’est pas seulement ce qui est dit, mais ce qui se fait dans et par l’énonciation. Elle ne se réduit pas à l’illustration d’une analyse préalable, mais participe à la construction même des objets de la recherche, en rendant perceptibles des entremêlements entre sphères de vie, des tensions biographiques et des formes d’adhésion ou de distance à l’ordre social (Cingolani, 2012 ; Lefebvre, 2009).

Le montage constitue un moment central de cette recherche-création (Bailblé, 2007 ; Vendryes & Kaedbey, 2024). Loin de viser une restitution exhaustive ou chronologique des entretiens, il opère des choix assumés : coupes, juxtapositions, répétitions, silences. La parole est ainsi réagencée par fragments, parfois brève, parfois interrompue, au risque apparent de la mutilation. Pourtant, ce travail permet paradoxalement de lui conférer une force singulière, en faisant émerger des résonances, des contrastes et des continuités entre les voix (Douek, 2021).

La question de la polyphonie est ici centrale. Le dispositif vise à faire entendre plusieurs paroles sans les dissoudre dans une neutralité illusoire (Rabatel, 2005). Le point de vue n’est pas annihilé, mais déplacé : il se situe dans les choix de montage, dans la mise en relation des extraits, dans le rythme imposé à l’écoute, plutôt que dans une parole explicative du chercheur. Le retrait de la voix du chercheur ne signifie pas absence, mais positionnement (Haraway, via Michel & Michaud-Trévinal, 2022) : laisser la parole travailler, produire du sens dans la relation à l’auditeur, sans parler à la place des locuteurs.

Cette recherche interroge également l’idée de « donner la parole » (Ion, 1997 ; Pérès & Peugeot, 2025). Les dispositifs participatifs ou de recherche-action sont souvent présentés comme des moyens de faire émerger des voix peu audibles. Ici, l’enjeu n’est pas tant de faire surgir une parole cachée que de créer les conditions de son écoute, et d’observer ce que cette écoute produit (Bailblé, 2007).

Installation sonore – Printemps des Humanités 2026 – Campus Condorcet

Les modes de diffusion jouent à cet égard un rôle décisif. Les capsules sonores ont été « jouées » dans des cadres multiples : enseignement universitaire, salles d’écoute ouvertes au public, dispositifs installés en contexte académique. Ces situations permettent au chercheur de voir la réception se faire, d’observer les réactions, d’entendre les discussions, et d’échanger avec les publics après l’expérience d’écoute (Vendryes & Kaedbey, 2024). Ces moments de réception constituent des espaces de production de savoir à part entière, où la recherche se transmet tout en se transformant (Pérès & Peugeot, 2025).

La parole ne s’arrête donc pas à sa diffusion ; elle se prolonge dans les échanges qu’elle suscite, reconfigurant l’acte de recherche lui-même.

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Ama Ndlovu explores the connections of culture, ecology, and imagination.

Her work combines ancestral knowledge with visions of the planetary future, examining how Black perspectives can transform how we see our world and what lies ahead.